lives nordParmi les traditions et croyances populaires, certains phénomènes ont marqué la vie des habitants. Les villages dépendant de l'église paroissiale de Lives (dont le patron collateur était le seigneur de Loyers) ne faillissent pas à cette règle.
La dévotion à St.Quentin est attestée par quelques écrits, deux pierres commémoratives encore visibles dans l'église, et par la tradition populaire parlée. Ces pierres et écrits ne sont pas antérieurs au 18° siècle, mais un document relatif à la dîme de Loyers en parle au 17° déjà. Cet écrit relevait la nécessité d'entourer le cimetière d'une muraille pour empêcher les bêtes sauvages de souiller la "fontaine Sainte". Les pèlerinages engendrés à l'occasion de la recherche d'une guérison ne manquent pas d'apporter des "revenus" à la paroisse, et aussi probablement à ses habitants. Ces revenus sont bien nécessaires à la réfection de l'église qui à l'époque était en piteux état.
Actuellement, cette source a disparu. On peut supposer qu'elle se trouvait entre le choeur de l'église (d'ailleurs "partie primitive" de l'édifice), et le mur longeant la rue de la Roche à l'argent, allant vers le centre de Lives. Dans ce mur devait se trouver une grille permettant d'accéder à la source. Les offrandes devaient sans doute être déposées à l'intérieur de l'église, en dessous d'une pierre légèrement circulaire en forme d'écu (toujours visible aujourd'hui) qui épousait la forme du pilier de la nef auquel elle était probablement accrochée. Près des habitations, (en face du n°17 actuel) se trouvait jadis une pompe communale. L'eau était probablement extraite de l'écoulement du "faux-ruisseau" que constitue la Live à cet endroit, actuellement sous-terrain.
Les modifications de l'environnement, essentiellement dues à l'exploitation des carrières des Grands-Malades à Bossimé, ont marqué sans doute la structure aquifère du sol et du sous-sol. Le ruisselet est alimenté en provenance des hauteurs de Loyers, Limoy et Bossimé, par des eaux de ruissellement dont la teneur en minéraux n'avait d'égale que la preuve de l'existence dans les roches calcaires de minerai de cuivre, de plomb,de fer et d'étain, et anciennement sans doute, d'un débit plus important qu'aujourd'hui. La présence d'une source à cet endroit n'est pas surprenante.On reste sur le bas du plateau dominé par Bossimé et la Piercette. D'autres sources étaient connues tout le long de la rive droite de la Meuse en allant vers Namèche. On ne peut s'empêcher de se représenter les premiers missionnaires qui, au contact des habitants d'antan, prirent cette source comme point de départ pour la construction de l'église primitive. Un peu comme la Collégiale Nôtre-Darne à Namur en somme...
Alors,...miracle...ou action biologique due aux éléments constitutifs de l'eau et à sa nature ? (l'hydropisie se traite par les diurétiques, les purgatifs et les ponctions...). Guérison due à l'action psychologique résultant d'une croyance? Chacun trouvera sa réponse en liberté de pensée. Voici, "aperto libro", les notes relevées lors de l'analyse détaillée des RP.de Lives (entités de LOYERS, LIVES, BOSSIME, BEEZ et BRUMAGNE) prises par le soussigné:

Note 1:
En 1748 ou 1749, Demoiselle Thérèse de CIPOLET, (de Béez ?), étant jugée par les médecins de Namur hydropique d'une façon a estre abandonnée desdits médecins, fut conseillée de faire une neuvaine dans notre Eglise en l'honneur de St. Quentin notre patron. Ayant fait ladite neuvaine selon les formes et donné ce qui est d'ordinaire pour offrande en l'honnneur dudit Saint, le 9' jour elle s'est trouvée tellement soulagée et guérie qu'elle avoit sa crosette à l'église sans s'apercevoir qu'elle luy fut nécessaire pour retourner chez elle audit (Bée? ?) ou elle vit en pleine santé jusqu'à présent le 15 avril 1757 avec apparence de vivre encore plusieures années. Ce que j'atteste l'ayant administré ladite demoiselle dans son hydropisie étant pour lors vicaire déserviteur de la paroisse: Signé: M (aitre) TREFFEU, nune curé de Live.
Notons que l'abbé TREFFEU prend son pastorat après le curé Jacques BINET décédé ie 25 juin 1750 à Lives âgé de 52 ans. (Sa tombe est toujours visible dans le pavement de l'égîise). C'esi en vain que nous avons cherché l'acte de décès de Thérèse de CIPOLET. On trouve un décès CIPLET en 1707, Marie de CIPLET en 1713, et une Dominique DECIPLET en 1767. Ceci correspond à la "Table Officielle". L'analyse "aperto libro" est un peu plus...troublante. Le curé Treffeu décède à Lives le 25 janvier 1767. Support moral pour la malade ? Une demoiselle DECIPLET, grande mambour du St Sacrement décède le 7 avril de la même année. De là à l'identifier à notre malade, la marge n'est pas grande. (D'autant que le rédacteur des tables a confondu dominis avec Dominîcus qui est repris eronnément Dominique dans lesdites tables de décès. L'acte de décès ne reprend pas le prénom de la décédée. "... obiit prenobilis dominis DECIPLET magnus mamburnus...")
Note 2 :
le 12 de may 1739 un homme de la paoisse St Veronne au faubourg de Liège, est venu remercier notre St patron croiant que par ses mérites et prières il a été guérit de l'hydropsie telle que sept fois on luy à tité de son corp 54 POTS D' EAU
Notons ici le strict respect de la conviction de l'homme en question, et non celle supposée du curé. Le curé écrit bien "... croiant que par ses..." On peut supposer que la technique de la ponction était ulilisée; à titre de curiosité et en admettant que chaque pot contenait 30 cl.d'eau, i! faut admettre que l'on "tirait" sept fois 16 LITRES d'eau (soit 112 litres)
Note 3:
Et est encor venus plusieurs autres de divers endroits entre autre de la plante qu'on avoit amené en barquette et de l'eau le porte en l'église sur le bayaux {') eî quelque tems après est venu ad in personna visiter noir (...) (église...?)
(*) Bayaux: voyez Littré à Bayart, sorte de Bard, de civière, utilisé principalement dans les ports. Dans ce cas on note que ie malade est porté en l'église. Faut-il en déduire que le malade priait à l'autel dédié au Saint, ou "l'église " est-il utilisé comme terme dans un sens large ."bâtiment et alentours"...?
Note 4: (traduction latine globale)
Note que Charles Mazy, tisserand habitant à Béez, fabriqua avec dévotion pour le grand autel de notre église une bannière (*) pour toutes les recommandations les plus infimes pour lui-même et qui ont reçu ou recevront une réponse en grande partie durant sa vie et après sa mort. Acte du 24 avril 1730.
(*) le texte dit "...rnap-pas..."; nous avons choisi la bannière, mais ce pouvait être aussi une nappe destinée à l'autel. Ce choix résulte d'une part de la mise en honneur des bannières aux processions et pèlerinages mais aussi par le fait que la nappe du maître autel était une charge du gros décimateur. La bannière était un don en remerciement. 

Philippe BESURE- 04/1992. (c)dépôt légal n° BD 43639

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